Les phyllades du massif de Sicié (Var)

1. Le socle paléozoïque du département.

Il est formé de terrains anté-carbonifères comme les phyllades du Massif de Sicié et de terrains carbonifères comme les schistes houillers du Bassin des Playes à Six-Fours.

Le massif de Sicié


Le massif de Sicié vu de l'île du Petit Gaou

Au sommet, la chapelle Notre Dame de Bonnegarde et une antenne de télévision.

La roche qui constitue pour l'essentiel ce massif est une roche, grise à patine rousse qui présente des feuillets d'épaisseur inférieure à 5 mm, appelée phyllade (sorte de schistes).

2. Structure des phyllades


L'observation montre que le phyllade est formé


- de lits durs et clairs riches en quartz de petite taille (parfois ce minéral a cristallisé dans des fentes en lits épais et souvent plissés, on parle alors de quartzophyllades, c'est le cas ici)

- des lits gris et tendres formés de minéraux argileux et de micas blanc pour l'essentiel.

Un simple broyage dans l'eau suivi d'un temps de repos laisse voir des débris grossiers mais aussi des sables riches en grains de quartz blancs et durs, des minéraux argileux onctueux au toucher et des paillettes brillantes de mica.

En conclusion: le phyllade est formé de matériaux détritiques (de détritus = débris) qui proviennent de la destruction, suite à l'érosion, de roches antérieures.

Quartzophyllades de Sicié
Phyllades plissés de l'île du Gaou (le Brusc) avec un lit de quartz

3. Composition chimique

Les phyllades sont des roches riches en silicates d'alumine hydratés (1).

Antiforme

4. Les phyllades présentent des déformations caractéristiques


En effet, ils sont souvent plissés et se débitent en dalles le long de plans privilégiés (surfaces de schistosité), parallèles entre eux et parallèles à l'axe du pli.

1 = surface de stratification (qui séparait 2 couches sédimentaires)

2 = schistosité (surface qui apparaît à la suite de contraintes ici latérales convergentes).

Ces déformations ont affecté ces terrains postérieurement à leur formation et sont le résultat de l'action de forces orientées ou contraintes consécutives au rapprochement de plaques qui constituent l'enveloppe de la Terre (4) et qui donnent naissance à certains types de chaînes de montagnes.

5. Origine des phyllades

Les phyllades sont d'anciennes roches argilo-sableuses d'origine marine puisqu'on a trouvé dans les quartzophyllades du massif du Fenouillet à Hyères, des schistes noirs riches en matière organique contenant des graptolites, fossiles marins datés du Silurien moyen (Ere primaire il y a environ 440 millions d'années) (2).

La présence de plis, de microplis et d'associations (ou paragénèses) de minéraux microscopiques caractéristiques (chlorite, muscovite, séricite, biotite...) attestent que les phyllades sont d'anciens sédiments (sables, argiles) transformés ou métamorphisés (sous la double influence de températures peu élevées < 500° C et de contraintes ou pressions dirigées de type métamorphisme de basse intensité correspondant aux conditions de l'anchizone et de l'épizone définies par les géologues) (3).

A propos de ces roches métamorphiques, on parle de "faciès des schistes verts" car elles sont riches en chlorite qui est un phyllosilicate hydraté ferromagnésien de couleur verte.

6. En conclusion.

En rapprochant les données recueillies en (1), (2), (3) et (4) on peut avancer l'idée que les phyllades proviennent de formations rocheuses ayant subi plusieurs cycles orogéniques successifs (processus aboutissant à la formation de chaînes de montagnes) provoquant des déformations et des métamorphismes associés qui constituent le socle (a) du département.

Sur un vieux socle (> 600 millions d'années) s'est déposé au Primaire, en milieu marin, du matériel détritique entre 500 et 350 millions d'années comme des sables, des argiles, du quartz et des restes de graptolites (-440 millions d'années).

Puis émerge de l'océan, le continent pyréno-corso-sarde (lors d'une période de convergence de plaques au cours de la formation de la chaîne hercynienne (il y a 330-320 millions d'années, ère primaire) qui subira, avec sa couverture sédimentaire, érosion intense et métamorphisme donnant en particulier des phyllades remontés aujourd'hui en surface.

Après le dépôt de sédiments charbonneux (Les Playes-Six-Fours, Stéphanien environ -300 Millions d'années) au Carbonifère, s'accumulent sur des épaisseurs considérables au Permien (fin du Primaire, -250 millions d'années) et au Trias (début du Secondaire) des grès et des argiles rouges d'origine continentales et lagunaires (grès bigarrés (b), calcaires et marnes à gypse de la Pointe du Bau Rouge à Sanary). Ces sédiments qui s'entassent dans la dépression qui va de Sanary à Saint-Raphaël, proviennent de l'érosion de la chaîne hercynienne. Ils constitueront le tégument (c) qui restera solidaire du socle lors des mouvements tectoniques ultérieurs.

Pendant le reste du Secondaire, dans la mer alpine se forment les calcaires jurassiques et crétacés marins et récifaux qui formeront l'ossature des Massifs nord-toulonnais (Mont Caume, Coudon, Faron, Gros Cerveau) constituant la couverture (d) qui dès la fin du Secondaire (Maestrichtien -70 millions d'années) puis à la fin de l'Eocène (Tertiaire) a été plissée, décollée du tégument et déplacée en nappes ou en écailles comme en témoignent les Chaînons nord Toulonnais qui chevauchent vers le nord, les terrains du Bassin de Bandol (Haug 1925) qui recouvrent au ceux du synclinal du Beausset ou encore la klippe du Vieux Beausset (portion d'une unité tectonique isolée par l'érosion et venant en recouvrement sur des terrains plus récents).

Le socle de la région a lui aussi été affecté par les mouvements tectoniques successifs notamment les phyllades du Massif de Sicié, qui recouvrent le Permien et le Trias de La Verne-Fabrégas extrémité ouest de la dépression permienne ; ces phyllades ne se sont pas formés sur place mais constituent une véritable nappe de socle venue en recouvrement et déversée vers le nord (Mattauer et Prost 1963). Les lambeaux de phyllades à l'est de Toulon (le Mourillon, Cap Brun, La Malgue, le Pradet) sont considérées comme des klippes (restes de nappe isolées par l'érosion).

A l'Oligocène-Miocène le vieux massif pyrénéo-corso-sarde s'effondre; au Miocène s'ouvre la Méditerranée.
Au Tertiaire et au Quaternaire, la chaîne alpine subit une érosion intense.

carte geologique du massif de Sicie

Carte géologique simplifiée 1/50 000. BRGM

légende carte géologique du Massif de Sicié

Liens a,b,c,d = cf. Panorama géologique

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mise à jour 01.02.2017