Les coulées basaltiques d'Evenos (Var)

1. La Pointe Nègre.

Se rendre en voiture sur le parking du "Jardin de la Méditerranée" qui se trouve sur la route RD 616 entre le Brusc (Six-Fours-les-Plages) et Sanary au sommet du petit col qui se trouve immédiatement après le Port de la Coudoulière en allant vers Sanary.

Se rendre à pied, à travers un très beau jardin qui mérite qu'on s'y arrête, à l'extrémité de la pointe Nègre.
On pourra consacrer aussi quelques minutes à la visite du musée qui est abrité dans la batterie du Cap nègre qui fut destinée à défendre l'accès de la baie de Six-Fours- Sanary.

Pointe nègre

La Pointe nègre entre Sanary et le Brusc est un affleurement de basalte.

2. Autres affleurements basaltiques dans la région de Six-Fours


En partant des Rochers de l'Aygue (altitude 605 m) au nord-est du Beausset, on rencontre une succession d'affleurements du nord au Sud, de faible importance, alignés sur 13 Km, de faible épaisseur, inclinés vers le sud et recouvrant des terrains de plus en plus vieux en allant vers la mer : il s'agit donc de lambeaux de coulées volcaniques épanchées postérieurement aux cailloutis post-miocène (Ere tertiaire) qui sont les terrains les plus récents recouverts par le basalte.


Affleurements basalte d'Evenos

D'après des documents du B.R.G.M simplifiés "Amis de la presqu'île de Giens"

1 = Rocher de l'Aygue (605m)

2 = La Piosine (515m)

3 = Le Maraou (450m)

4 = Signal des Aiguilles (435m) au nord et
les Hauteurs du Destrier (414m) au sud

5 = Fort du Pipaudon (398m) et Evenos (336m)
6 = Sainte Barbe

7 = La Courtine (294m)

8 = La Vacoune (100m)
Rocher de l'Aygue

Vue du Rocher de l'Aygue (1) et du Fort de Pipaudon (2) où on dénombre 4 coulées
Fort de Pipaudon

La coulée supérieure (1) et le Fort de Pipaudon
Chateau d'Evenos

La pointe du château d'Evenos

On a dénombré 6 coulées superposées au niveau du château reposant sur des cailloutis et des calcaires urgo-aptiens
La Courtine

(1) La coulée portant le Château d'Evenos et au dernier plan la coulée de La Courtine (2)
Front de coulées

Front actuel des 2 coulées superposées de basalte à la Pointe Nègre
Lapillis

Zone rougeâtre (2) formée de débris de lave consolidée
sous la coulée supérieure (1) de la pointe du Château d'Evenos

Le refroidissement rapide des coulées en surface donne naissance à une zone scoriacée (lapillis)
Scories


Scories ou lapillis, fragments de laves vacuolaires apparaissant sur des coulées dont la surface est craquelée ou scoriacée (Photo P. Laville)
Pointe du chateau

Le poudingue de la Pointe du Château à Bandol renferme des boules de basalte entourées d'argile cuite qui proviennent de fragments de coulées basaltiques originaires d'Evenos qui se sont épanchées dans un milieu de sédimentation calme, dans un lac. .

3. Lieux d'émission des laves

Pas d'édifice volcanique ou volcan du type Hawaien, vue la longueur des coulées (16 km du Rocher de l'Aygue à la Pointe Nègre, 8 km de Sainte Barbe à la Pointe du Château à Bandol)

Carte affleurements

4. Essai de reconstitution de la mise en place des coulées.

Les coulées se seraient épanchées dans une ancienne vallée parallèle au Destel actuel et auraient franchi par une cluse le Gros Cerveau et le Croupatier; puis se seraient séparées en 2 coulées principales au niveau de Sainte Barbe-La Courtine pour s'écouler ensuite dans la mer (Pointe Nègre-Six-Fours) ou dans un lac (Pointe du Château-Bandol).

Les 2 photos suivantes en sont deux arguments.

Reconstitution des coulées

D'après des documents du B.R.G.M simplifiés "Amis de la presqu'île de Giens"

Pointe nègre3

Sur le versant nord de la Pointe Nègre, on distingue 2 coulées superposées (1) et (2) de basalte (4)
reposant dans un thaweg creusé dans les phyllades (3) et dont un versant (5) est incliné.

Contact basalte phyllades

Au contact basalte-phyllades on observe une zone de cuisson et d'altération rougeâtre.

Contact basalte phyllades2

Bloc consolidé de sédiments sableux contenant des graviers et galets de quartz (4)
sur le front de la coulée inférieure (1) de la Pointe Nègre encaissée dans les phyllades (2).
Les coulées se seraient donc épanchées sur des sables quartzitiques couvrant le fond des ravines (dont on aperçoit un bord (3)) creusées dans les phyllades.

Enclave

Enclave de quartz remonté en surface par l'émission fissurale
enclave boule

Une boule de basalte enclavée dans la coulée
Prismes de refroidissement

Prismes de basalte à la Pointe Nègre

Le refroidissement lent en profondeur entraîne la formation de fissures de retrait donnant une prismation grossière et irrégulière ou régulière; les prismes sont perpendiculaires à la surface de la coulée

Lors de la remontée des laves en surface le départ des gaz laisse dans la coulées des cavités elliptiques allongées dans le sens d'écoulement de la coulée.

altération

Croûte blanchâtre riches en phosphate issue de l'altération des minéraux du basalte en surface

Ce basalte, roche sombre et dure, a été utilisé pour la construction (batterie du cap nègre, château d'Evenos par exemple) ou pour la confection de meules pour les moulins à huile de la région.

Lame mince

Lame mince de basalte en lumière naturelle (x40).
M. G d'aprés une lame mince de C. Coulon
Le basalte est une roche noire, magmatique effusive.
Les laves basaltiques sont très fluides;
émises à 1100-1200°C, elles se solidifient en donnant de longues coulées à surface prismée, cordée ou scoriacée.
Lame mince2
On distingue au microscope:

-des cristaux de grande taille ou phénocristaux comme l'Olivine (péridots = ferro-silicates), visibles à l'oeil nu et entourés d'une auréole d'altération (1)

-des petits cristaux ou microlites (visibles uniquement au microscope):

°de feldspath blancs de labrador (plagioclases = silicates d'alumine calco-sodiques) et d'anorthose (feldspaths potassiques) (2)

°de pyroxène vert (silicates ferro-magnésiens et calciques) (3)

°de minéraux opaques noirs ferro-magnésiens (4) (hématite, ilménite).

-un verre, peu abondant (2 à 3%), souvent recristallisé

Au total une roche à structure microlitique, à plusieurs temps de cristallisation.

Le basalte est une roche microlitique à verre peu abondant

5. Essai de reconstitution paléogéographique

Les changements de direction des coulées s'expliquent par la présence de reliefs élevés faisant obstacle. En effet entre -100 Ma et -34 Ma (Crétacé supérieur et Eocène) les plissements et les chevauchements provençaux donnent naissance à des reliefs vigoureux dans la région et à une érosion active; la surélevation se continue à l'Oligocène, conséquence des plissements alpins. Après cet épisode de mouvements tectoniques convergents, la croûte terrestre subie une détente ; on assiste à l'effondrement des massifs au sud en même temps que le Détroit de Gibraltar se ferme il y a 7 Ma et à un basculement de la région provençale entrainant une inversion du réseau hydrographique puis une inversion des reliefs (alors que jusque là, les pentes étaient Sud-Nord, les rivières se mettent à couler vers le sud sur des pentes de 1 à 5 % et l'érosion est très vive).

La croûte terrestre se fracture et ces fissures liées à la détente post-compression permettent des remontées de magmas liquides qui atteignent la surface, puis s'épanchent dans des vallées jusqu'à la mer. C'est justement dans des anciennes vallées que se sont épanchées les coulées à partir de fissures apparues dans le secteur du Pas de la Masque (nord-est du Beausset). Il s'agit d'un volcanisme fissural; il ne reste aujourd'hui que des fissures et des filons de sortie).

Suite à des datations radiochronologiques de 1974 (JC. BAUBRON pièce jointe), les coulées basaltiques d'Evenos sont datées du Miocène (Messinien), il y a 6 millions d'années, alors que les attributions stratigraphiques anciennes les attribuaient au Pliocène (notice carte géologique de Toulon 2° édition page 15).

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